| SFBMN |
Message:
Posté le: 02. Avr 2002, 02:00 |
|
|
SFBMN : Délai entre cure d'iode ou scinti et grossesse
Voici les précisions de la Société Française de Biophysique et de Médecine Nucléaire :
Comme promis, voici la réponse d'un de mes collègues, le Pr A. Aurengo (Paris), réponse établie à partir d'un article publié dans le Journal of Nuclear Medicine (organe de la SNM -Société Américaine de Médecine Nucléaire- ).
Après un traitement par l'iode radioactif pour carcinome thyroïdien (avec en général une activité administrée de 100 mCi soit 3,7 GBq), le délai à observer avant de débuter une grossesse a plusieurs objectifs, chacun entraînant des délais croissants :
1 - Pendant une semaine après le traitement, il vaut mieux éviter les rapports sexuels pour limiter l'irradiation du partenaire ; il vaut d'ailleurs mieux dormir à distance (au moins deux mètres). L'irradiation qui résulterait de la non observation de cette recommandation serait très faible, sans aucun danger connu à ce jour, mais totalement inutile et il vaut mieux l'éviter.
2 - Il faut impérativement protéger l'embryon d'une irradiation, ce qui suppose que l'iode administré ait complètement disparu. L'iode 131 a une
période physique de 8 jours (sa radioactivité est divisée par deux tous les 8 jours) mais sa vitesse d'élimination est assez variable chez une personne qui a été opérée de la thyroïde (cela dépend de la taille et du captage des petits reliquats de thyroïde qui restent après chirurgie).
On peut raisonnablement compter, avec une bonne marge de sécurité, qu'au bout de deux mois il ne reste plus du tout d'iode radioactif dans l'organisme. En cas de non observation, l'embryon ne subirait qu'une irradiation faible et homogène car sa thyroïde n'est fonctionnelle et ne peut concentrer l'iode radioactif qu'au 3ème mois de grossesse environ.
3 - En général, 6 mois après un traitement par le radioiode, on fait un bilan pour évaluer l'efficacité du traitement. Ce bilan impose d'interrompre le traitement hormonal frénateur et, en général, de faire une scintigraphie corps entier, deux choses évidemment impossibles chez une femme enceinte. On conseillera donc d'attendre que ce bilan soit fait, que l'iode administré lors du bilan (3 à 5 mCi) soit éliminé, et on se retrouve donc 8 mois après le traitement initial.
4 - Se pose ensuite le problème, plus théorique que réel, de l'induction de malformations embryo-f?tales par le traitement. La réponse donnée en général est de différer en tout de un an le début d'une grossesse après un traitement par le radioiode pour cancer thyroïdien. Il faut bien reconnaître que scientifiquement, ce délai ne repose pas sur grand chose. On n'a jamais mis en évidence, dans l'espèce humaine, d'augmentation du risque de malformations lors des grossesses suivant une irradiation, même après Hiroshima et Nagasaki.
D'autre part, les ovules d'une femme sont formés à la naissance (contrairement aux spermatozoïdes qui sont formés "au fur et à mesure") et donc l'ovule qui, fécondé, deviendra le bébé aura été irradié lors du traitement. Attendre même plusieurs années n'y changerait rien. Heureusement, les enquètes épidémiologiques ne montrent pas de risque malformatif accru dans ce contexte. On pourrait donc, en toute rigueur se contenter d'un délai de 8 mois (correspondant à l'objectif 3).
5 - Si les malformations congénitales ne sont pas plus fréquentes après administration thérapeutique d'iode 131, il est possible que les grossesses qui débutent dans l'année suivant le traitement soient davantage à risque d'avortement spontané. Bien que ce point soit controversé, beaucoup d'équipes recommandent un délai de un an avant mise en route d'une grossesse.
6 - Enfin, les malformations spontanées (mineures ou graves) ne sont pas rares ; elles se voient dans environ 2 % des grossesses.
Attendre un an, a aussi un rôle de précaution psychologique si une malformation (pas plus fréquente dans ce contexte mais pas moins) survenait. Il serait désastreux que la mère de cet enfant ait un sentiment de culpabilité lié à une proximité trop grande entre le traitement et le début de sa grossesse, même si aucune raison solide ne l'implique.
En conséquence, on recommande un délai de un an entre le traitement et la mise en route d'une grossesse, mais seuls les huit premiers mois de ce délai ont une réelle justification.
Après un bilan ayant comporté une scintigraphie avec dose traceuse de 5 mCi, on peut de même fixer un délai de 2 mois pour débuter une grossesse.
Ref : Schlumberger M, De Vathaire F, Ceccarelli C, Delisle MJ, Francese C, Couette JE, Pinchera A, Parmentier C. Exposure to radioactive iodine-131 for scintigraphy or therapy does not preclude pregnancy in thyroid cancer patients. J Nucl Med. 1996 Apr;37(4):612-5.
----------------------------------------------------------
Ce texte peut donc être publié sur votre site.
Avec mes salutations distinguées.
----------------------------------------------------------
Pr JY Devaux
Correspondant SFBMN
Centre Antoine Béclère
45 rue des Saints Pères F-75006 Paris
Tel : +33 (0)1 42 86 03 77
Fax : +33 (0)1 42 86 02 78
e-mail : contact@sfbmn.org
----------------------------------------------------------------
|
|